L’architecture, le patrimoine et l’urbanisme comme thèmes de recherche


LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE EN MAQUETTTE
POUR L'EXPOSITION
"LABROUSTE ARCHITECTE: LA STRUCTURE MISE EN LUMIÈRE"
    
Dans le cadre de l’organisation de l’exposition «Labrouste Architecte: la structure mise en lumière», la Cité de l’Architecture et du Patrimoine désirait faire réaliser une maquette des bâtiments construits par Henri Labrouste pour la Bibliothèque Nationale de la rue Richelieu à Paris. Cette nouvelle réalisation devait venir dans l’exposition en complément d’une maquette d’un autre bâtiment de Labrouste, la Bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris, maquette déjà présente dans les collections de la Galerie Moderne et contemporaine. Elle serait présentée pour l’exposition à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine d’octobre 2012 à janvier 2013,  pour partir ensuite au Museum of Modern Art à New-York où la même exposition se tiendrait de mars à juin 2013 (« Henri Labrouste : Structure Brought to Light »).


C’est sur ce nouveau projet passionnant que j’ai eu le plaisir de travailler encore une fois pour la Cité, à la demande de Corinne Bélier, conservatrice en chef et commissaire de l’exposition, et en collaboration avec Émilie Régnault, attachée de conservation. Ma mission comportait, cette fois encore, l’établissement d'un projet de maquette précis et la préparation des plans pour les maquettistes. Ceci nécessitait tout particulièrement le dessin de tous les plans, façades et coupes nécessaires pour établir une reconstitution du bâtiment dans son état d’origine, tel qu’il devait se présenter à l’ouverture des salles, sans tenir compte des diverses modifications qu’il a pu connaître depuis sa construction.

Je tiens d’ailleurs à remercier ici pour leur aide précieuse plusieurs personnes sans qui ce travail n’aurait pas été possible: Marc Le Cœur, historien d’art et commissaire de l’exposition, spécialiste de Labrouste ; de M. Autier pour l’OPPIC, maître d’ouvrage du chantier de l’opération de rénovation du bâtiment, qui nous fourni des éléments fort utiles et qui nous a permis d’accéder aux espaces représentés ; et aux équipes de la TGB, Aurélien Conraux, Fabienne Doulat et Anne-Sophie Haquin qui nous ont fait part de leur connaissances des archives du bâtiment.

La maquette d’ensemble au 1/100ème 
Thierry Martin, maquettiste

Maquette de la Bibliothèque nationale - Model of the Bibliothèque Nationale
Le principe de départ était de présenter dans l’exposition les deux bibliothèques par des maquettes équivalentes. Aussi m’était-il demandé de chercher à concevoir une maquette de la Bibliothèque Nationale s’inspirant de la maquette de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Il s’agit d’une maquette au 1/50ème, réalisée en bois et en métal, montrant, sur un socle commun, une coupe du bâtiment et une tranche centrée sur l’escalier d’accès. La coupe met l’accent sur le système structurel et la logique architecturale du bâtiment, les décors intérieurs et extérieurs étant évoqués assez précisément. La tranche quant à elle va plus loin dans le détail, le mobilier de la salle et les décors du hall et de l’escalier, non figurés dans la coupe, étant cette fois représentés fidèlement.

Pour la Bibliothèque Nationale, il était donc envisagé de faire réaliser une grande maquette analytique du même type, dans les mêmes matériaux et dans le même esprit. Malheureusement, pour des questions d’encombrement et de coût, il a vite semblé impossible de réaliser cette maquette de la Bibliothèque Nationale à la même échelle que celle de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Aussi nous sommes nous vite dirigés vers une maquette au 1/100ème et non au 1/50ème.

Maquette partielle, elle devait mettre l’accent sur plusieurs points qui font l’originalité et la qualité du travail de Labrouste. Aussi ce projet de maquette est-il axé sur la présentation et l’explication de la suite logique d’espaces que forment la cour d’honneur, le vestibule d’entrée, la salle de lecture et le magasin central d’une part, et sur les réponses architecturales et techniques apportées par Labrouste d’autre part. Le décor et les détails architecturaux si particuliers à l’écriture de Labrouste ne devaient bien sûr pas être oubliés et seraient donc représentés, autant que l’échelle le permet.

Après plusieurs évolutions quant au cadrage de la maquette, le projet établi et accepté présente un large fragment du bâtiment « croqué » à l’Est en deux endroits, au niveau de la salle de lecture d’une part et au niveau du magasin central d’autre part, et s’appuyant à l’Ouest sur une représentation simplifiée des bâtiments bordant la rue Richelieu.

La maquette est donc visible sur quatre côtés, son côté Est étant le point de vue principal, riche en informations et détails, et son côté Sud révélant la perspective depuis le magasin central vers la salle de lecture à travers la grande porte vitrée entre les deux espaces. Traits de coupes, écorchés et emprises représentées ont été étudiés en fonction de chaque espace, sur plan d’abord, mais adaptés en atelier ensuite, en collaboration avec le maquettiste, Thierry Martin. Au final, du Nord vers le Sud, la maquette s’organise comme suit :

Au Nord, la maquette montre une partie réduite de la cour d’honneur, la façade de la salle de lecture sur la cour étant ainsi représentée en totalité pour marquer sa similitude avec celle de thermes romains. Malgré un intérêt probable, et après ne nombreuses hésitations, aucun écorché ne montre le vestibule.


Au centre, pour faire comprendre sa logique spatiale et structurelle, la salle de lecture est représentée en totalité, avec ses 9 modules carrés, et selon un principe d’écorché progressif vers l’Ouest : structure seule (poteaux et arcs métalliques), puis dômes, puis dômes et toiture. Le décor et le mobilier devaient, selon le cahier des charge du maquettiste, être « évoqués aussi précisément que nécessaire ».


Dans la continuité de la salle de lecture, l’hémicycle est représenté partiellement, selon un écorché précisé pendant la réalisation au regard des volumétries réelles de la maquette.  Sa découpe permet de faire comprendre le volume de l’hémicycle tout en mettant en avant le passage entre hémicycle et magasin.


Au Sud, le magasin central est représenté en totalité mais un principe d’écorché progressif du Sud vers le Nord, dans le même esprit que celui de la salle de lecture révèle ses principes structurels (structures primaire et secondaire, caillebotis, rayonnages), son organisation et le principe d’éclairage zénithal par les sheds et plafonds de verre.

La maquette a été réalisée par Thierry Martin, maquettiste à Paris, et qui avait déjà réalisé auparavant pour la Cité les magnifiques maquettes d’immeuble haussmannien et de l’immeuble du boulevard Victor par Patout.

Cette fois encore, la maquette a été réalisée principalement en bois, en y associant des éléments de plâtre et des découpes chimiques de métal pour les décors et structures métalliques.Pour des questions de solidité (la maquette doit voyager, et c’est une contrainte importante pour sa réalisation) les coupoles de la salle de lecture, initialement prévue en plâtre, ont été réalisée en résine par stéréolithographie, et le magasin associe découpe laser et usinage d’éléments plastiques. A ce titre, la maquette associe dans sa réalisation des techniques et matériaux traditionnels à des logiques plus contemporaines. Et c’est d’ailleurs une des qualités du travail de Thierry Martin d’avoir su combiner ces techniques diverses en fonction des éléments à représenter et des contraintes de solidité tout en préservant une remarquable homogénéité de l’ensemble et une qualité plastique finale indéniable.

La maquette a été réalisée sur 10 mois, essentiellement par deux personnes, Thierry Martin s’étant totalement investi dans ce projet. La réalisation s’est fait par étapes, en commençant par les bâtiments bordant la rue de Richelieu et le socle, puis par les façades de la cour d’honneur, la salle de lecture, l’hémicycle et, pour finir, le magasin. Ce plan de travail connu, j’ai, pour ma part, établi les plans de la maquette en fonction de cette progression, en établissant dès le départ un découpage précis de chaque zone afin que chaque élément puisse venir s’ajouter au précédent le plus simplement possible.


Ces plans, dont je montre quelques éléments ici, proposaient une première interprétation à l’échelle de la maquette du bâtiment et des nombreux éléments décoratifs, en cherchant à reconstituer autant que possible l’état d’origine sur la base des documents et informations disponibles : plans d’origine, photos anciennes, gravures, etc… Ainsi, par exemple, la plupart des soupiraux ont été supprimés sur les façades de la rue Richelieu en s’inspirant des dessins des façades du projet de Labrouste. Dans la salle de lecture, le sas d’entrée a été redessiné sur la base de gravures et photos anciennes, et les lutrins prévus pas Labrouste entre les calorifères ont remplacés des meubles à rayonnage actuellement en place.

Mais c’est surtout le magasin central et la couverture de l’hémicycle qui ont demandé le travail de reconstitution le plus important. Modifiés lors les d’aménagements dans les années 30 et 50, ils ont nécessité un important travail de synthèse d’informations pour restituer leur état d’origine : photos anciennes prises avant travaux,  plans techniques d’époque et de nature diverses, étude de la maquette volumétrique réalisée à lé demande de Labrouste.


Ces plans établis, ils ont servis de base au travail du maquettiste, chaque élément, chaque détail étant repris et réinterprété en fonction des matériaux et des techniques. Parfois même, ils ont directement servi à la réalisation des pièces de la maquette, pour les découpes chimiques des éléments structurels ou des décors par exemple. Chaque décision importante a fait l’objet d’une discussion entre Thierry Martin et moi, afin de déterminer la meilleure solution, la meilleure interprétation, la meilleure logique possible, tout en tenant compte des points incontournables pour respecter les vérités architecturale, structurelle ou conceptuelle du projet de Labrouste d’une part, et les objectifs analytique, pédagogique et plastique de la maquette d’autre part. Le résultat de ce dialogue constant sur la base des plans précis de la maquette est un objet d’une qualité à mon avis exceptionnelle.


La maquette partielle au 1/50ème 
Atelier de maquette de l'ETSAV, maquettistes

Maquette de la Bibliothèque nationale - Model of the Bibliothèque Nationale
La première maquette au 1/100ème aurait pu sans doute suffire à expliciter au public le projet de Labrouste pour la Bibliothèque Nationale.Néanmoins, la proximité dans l’exposition de la maquette de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à une échelle double, risquait de créer confusion, la Bibliothèque Sainte-Geneviève apparaissant bien plus grande que la Bibliothèque Nationale.Aussi ai-je proposé de faire une seconde maquette, partielle mais au 1/50ème,  comme la maquette de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, pour offrir au public un élément de comparaison à la même échelle entre les deux bâtiments. Par ailleurs, étant réalisée à une échelle relativement grande, cette seconde maquette pouvait aussi être l’occasion d’aller plus loin dans la représentation précise des éléments structurels et des détails architecturaux si particuliers à l’écriture de Labrouste. L’idée a été retenue et a été l’occasion de travailler à un second projet de maquette.

Cette seconde maquette est donc centrée sur la salle de lecture, au décor particulièrement riche et raffiné, en cherchant là encore à le représenter dans son état d’origine et non dans son état actuel. Elle figure un morceau représentatif de la composition et de l’architecture de la salle, en coupant sur les coupoles et non sur les arcs pour accentuer l’impression de légèreté de l’ensemble. Combles et sous-sol sont représentés.

 
L’échelle étant donnée par la maquette de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, la conception et la réalisation de la maquette a été effectuée selon deux autres objectifs principaux :
  • Expliciter la logique structurelle de la salle - La structure de la salle de lecture repose entièrement, charpente de la toiture comprise, sur les 16 fines colonnes de fonte, sans jamais s’appuyer sur les murs périphériques. En effet, la charpente en fonte de la toiture s’appuie sur arcs de fer qui eux même s’appuient sur les colonnes, l’ensemble formant une structure indépendante glissée dans l’ouvrage de maçonnerie.  Pour faire comprendre cette logique, la maquette montre donc précisément cette structure, en allant aussi loin dans le détail que l’échelle le permettait. Aussi rivets et boulons sont-ils représentés. Par ailleurs, la structure des coupoles, très peu connue, est elle-même un détail intéressant à révéler.Elle est donc représentée précisément, une des coupoles étant même partiellement dénudée de ses plaques de faïence pour rendre encore plus lisible le principe structurel des coupoles. Dans les combles, les éléments de toile blanche tendue canalisant la lumière des verrières de la toiture sur les oculi des coupoles sont figurés. Le long des murs, un écorché progressif révèle comment les étagères portent les passerelles par un principe de porte-à-faux.
  • Donner une image aussi fidèle que possible de l’ambiance intérieure - Comme on le sait, le décor de la salle de lecture est particulièrement raffiné, cette attention au détail étant pour beaucoup dans l’ambiance si particulière de la salle de lecture. Par ailleurs, la blancheur des coupoles, l’usage de l’or ou de l’inox dans les motifs ou les rehauts d’or sur les éléments structurels font partie du traitement de la lumière dans l’espace de la salle de lecture.Aussi la maquette a-t-elle été réalisée dans un soucis de précision et de fidélité aux décors et détails architecturaux. Les couleurs ont été choisies sur échantillons comparés en salle avec les teintes révélées par les travaux de restauration.
La maquette a été réalisée par l’atelier de maquette de l’ETSAV à Barcelone, sous la direction d’Angel Garcia. Cet atelier avait déjà produit de nombreuses maquettes pour la Cité et avait déjà fait preuve d’une grande dextérité dans le travail de la couleur sur ce type d’objet (maquette de la Chocolaterie Meunier par Saulnier, maquettes du Palais rose d’Ernest Sansom), etc…). Cette équipe apparaissait donc comme particulièrement qualifiée pour ce projet et le résultat est là encore une merveille à la hauteur des attentes.

Cette fois encore, la maquette a été produite dans un dialogue constant avec les maquettistes, sur la base des orientations définis par le projet, croisées avec le regard de l’équipe en charge de sa réalisation. Outre les plans que j’avais établis pour l’autre maquette et qui ont été réutilisés pour celle ci, elle est basée sur un travail de dessin complémentaire réalisé par l’équipe de maquettiste sur la base des documents disponibles utiles pour ce projet (photos, archives, etc…). Tout particulièrement, un très intéressant travail de reconstitution 3D de la structure de la toiture a été produit en vue de la préparation et du parfait assemblage des pièces, simulation qui a aussi permis de mieux définir l’écorché de la toiture avant sa mise en œuvre.

Au final, la maquette est une merveille de précision. Ses grandes dimensions recréent l’espace de la salle de lecture et la qualité des détails et la finesse des décors et couleurs donnent une idée précise de sa splendeur et de son ambiance colorée et lumineuse dans son état d’origine.


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