L’architecture, le patrimoine et l’urbanisme comme thèmes de recherche


LA VILLE EN MUTATION
UNE RÉSIDENCE CONJOINTE PLASTICIEN-ARCHITECTE À BREST 
 
Le travail que je vais présenter rapidement ici est le résultat d’une résidence d'artiste conjointe plasticien/architecte sur le thème de la ville et de ses mutations, travail réalisé en collaboration avec Gwenaëlle Magadur, plasticienne, entre 2006 et 2010. Ce projet financé par la DRAC Bretagne, Brest métropole océane et le Conseil régional de Bretagne, a fait l’objet d’une exposition à la Bibliothèque Municipale de Brest et à l’Artothèque du Musée des Beaux-Arts de Brest en septembre-octobre 2007, puis en 2010, d’une édition sous la forme d’une plaquette présentant le travail réalisé (financements DRAC).
L’initiative de ce projet revient en fait à Gwenaëlle Magadur. Plasticienne et brestoise d’origine, elle avait déjà réussi à monter en 2000 à Brest une installation de grande envergure, la « Ligne bleue », évocation dans l’espace urbain brestois des contours de l’enceinte des remparts, aujourd’hui disparus. Par un tracé au sol, cette simple « Ligne bleue » courrait sur les rues et les trottoirs de la ville du XXe siècle pour y redessiner les limites de celle du XVIIe. Intrigante, inattendue, elle était pour Gwenaëlle une première tentative pour amener l’habitant à regarder autrement l’environnement urbain dans lequel il évolue.

C’est pour poursuivre cette démarche et ce travail sur les mutations des villes que Gwenaëlle s’engagea en 2004 dans le montage d’une résidence d’artiste sur ce sujet, avec encore une fois comme objectif le montage d’une installation in situ dans Brest. En accord avec la DRAC Bretagne, et afin de confronter sur ces questions des regards différents, ce projet de résidence pris vite la forme d’une double résidence plasticien/architecte, projet auquel j’eus le plaisir d’être convié en tant qu’architecte résident. Monter financièrement une résidence n’est pas simple, et ce n’est qu’après plusieurs mois, en juin 2006, que nous avons véritablement pu commencer à travailler sur ce projet.

Notre démarche en tant que résidents proposait donc d’associer au travail déjà entamé d’un plasticien sur la ville de Brest le regard d’un architecte, dans une volonté de complémentarité. Confronter nos objectifs, nos sensibilités, nos intentions envers l’individu devait aboutir à proposer un autre regard sur la ville, sans perdre de vue que le public visé restait celui qui pratique la ville au quotidien, l’habitant. Pour ce, telles des abscisses et des ordonnées, deux axes principaux devaient nous amener à forger des images, expressions de notre appropriation de ce contexte urbain si particulier que présente la ville de Brest : la déambulation, la carte, la marche, l’horizontalité pour la plasticienne, l’épaisseur, les strates, la sculpture du site, la verticalité pour l’architecte.
Exemples d'images produites
La ville est un corps riche et complexe, toujours en mouvement et en perpétuelle évolution, offrant au regard et au quotidien des temps différents, de multiples univers, de multiples facettes, de multiples images. Notre objectif était de recueillir, d’étudier et de travailler ces différentes facettes comme une matière vivante, éclectique, changeante. L’intitulé de notre projet, «  la lisibilité de la ville en mutation » se voulait donc une recherche sur ces facettes afin de produire de nouvelles images, expressions de ces mutations, sous n’importe quelle forme ou support : dessins, graphismes, photos, montages, cartographies retravaillées… ou installations!
    
Car si l’on définit « image » comme quelque chose que l’on donne à voir, on peut également considérer les principes d’installation comme des images, en 3 dimensions, implantées dans la ville, dans un espace quotidien, données à lire et à réagir. Aussi avons-nous proposé d’intervenir à des endroits particuliers de la ville, sous la forme de projections ou autres dispositifs.
    
Les lieux d’intervention proposés étaient au nombre de 10. Ils ont été déterminés en fonction cette double démarche basée sur l’horizontalité et la verticalité. Ils ont aussi été choisis car potentiellement intéressants par leur histoire ou leur configuration dans cette logique de travail sur les mutations de la ville. Ces lieux fonctionnaient par paire, et permettaient des interventions de même type, symétriques ou complémentaires, sur chaque rive de la Penfeld, rivière qui coupe la ville de Brest en deux. Certains lieux reliaient les deux rives. Ces lieux pouvaient par ailleurs s’organiser autour d’une  promenade ou déambulation dans la ville reliant les sites d’intervention entre eux. Sans rentrer trop dans le détail de chaque projet, ces 10 lieux d’intervention étaient :
  • Les emplacements des portes du Conquet et de Landerneau, avec des propositions d’installations signifiant comment ces lieux étaient et restent des endroits de passage entre l’intérieur et l’extérieur de la ville.
  • Les rues Louis Pasteur et de la Porte, avec des installations révélant les modifications d’altimétrie que ces deux rues ont connues lors de divers travaux de comblements
  • Les Halles de Recouvrance et l’Escalier de Boulevard Jean Moulin, deux lieux dont la configuration actuelle est une survivance d’un état antérieur de la ville.
  • Le Pont de Recouvrance, avec une installation révélant ces états antérieurs
  • Le Pont de l’Harteloire qui offre un point de vue exceptionnel sur l’ensemble de la ville et est l’occasion d’amener le promeneur à la découvrir différemment
  • Les rives de la Penfeld au niveau du bas de la rue de Siam et de la porte Jean Bart, avec des installations évoquant deux quartiers disparus.
Plan des 10 sites d'intervention
Les portes de Landerneau et du Conquet
 Les rues de la Porte et Louis Pasteur
 L'escalier du Boulevard Jean Moulin
 Les Halles de Recouvrance
 Le Pont de Recouvrance
Le Pont de l'Harteloire
Du fait de leur intérêt particulier, ce sont ces deux dernières installations que nous avions décidé de chercher à monter à l’issue de la résidence. Cet intérêt des deux rives de la Penfeld s’explique par les profondes mutations que ces lieux ont connu, dans la section entre le pont de Recouvrance et le château d’une part pour la rive gauche et pour le secteur situé derrière la tour Tanguy près de la porte Jean Bart pour la rive droite d’autre part. Ces deux lieux ont été les noyaux originels de l’installation urbaine à Brest. Mais ils ont été profondément modifiés, le premier ayant disparu lors de travaux de comblements à la fin du XIXe siècle, le second simplement vidé de ses constructions au milieu du XXe siècle, le tissu urbain ayant laissé la place à un grand terrain planté. Nous proposions donc de profiter des surfaces existantes offertes par ces lieux (murs de soutènement pour la rive gauche, terrain vide de construction ou d’aménagement  pour la rive droite) pour en évoquer les étapes.
  
Pour la rive gauche, il s’agissait de chercher un principe d’installation qui, en se servant des surfaces verticales des murs de soutènement, évoquerait les façades disparues en réinterprétant les relevés des façades conservés dans les cahiers de développement du Plan relief de Brest. Pour la rive droite, il s’agissait de tracer au sol le parcellaire et les contours des bâtiments qui occupaient ce terrain précédemment, en s’inspirant d'un plan de cadastre contemporain des relevés des cahiers de développement.
   
L'installation proposée pour la rive gauche - le quartier des 7 Saints
L'installation proposée pour la rive droite - le bas de Recouvrance
Hébergée dans les locaux de l’Association du Petit Jardin à Recouvrance (Brest), la résidence proprement dite a duré neuf mois, ponctués, comme pour toute résidence, de présentations régulières de l’avancement de notre travail au comité de suivi. Celui-ci était composé de personnes compétentes dans les domaines concernés par notre recherche, tels que Denis-Marie Lahellec, conseiller à l’architecture pour la Drac de Bretagne, Vincent Jouve, architecte des bâtiments de France pour le SDAP du Finistère, Daniel Le Couëdic, directeur de l’institut de Géoarchitecture (Université de Bretagne Occidentale), Ulrike Kremeier, directrice du centre d’art contemporain Passerelle à Brest, Nicolas Galaud, directeur de la bibliothèque municipale de Brest, Christine Berthou-Ballot, directrice des Archives Municipales, Françoise Daniel, conservatrice du Musée des Beaux-Arts de Brest, Hervé Bédri, secrétaire chargé du patrimoine de la Marine Nationale, auxquels se joignaient des représentants de BMO. La résidence a officiellement été clôturée à l’automne 2007, comme on l'a dit plus haut par une double exposition, organisée pour deux mois dans les locaux de l’Artothèque du Musée des Beaux-Arts de Brest et dans la salle d’exposition de la Bibliothèque municipale.

Cette exposition, réalisée en association avec les Archives Municipales de Brest, avait pour but de présenter le travail de la résidence et notre démarche au public. Elle s’organisait donc autour des dix projets d’installation proposés. Pour chaque installation, des documents d’archives, témoignages de la mutation de la ville en ces points particuliers, étaient exposés en parallèle des projets d’installation. En complément, des projections présentaient des images complémentaires: documents de travail produit, extraits d’animations, images de référence, photographies, documents d’archives réinterprétés.

Pour un linéaire de 80m environ, les 10 installations étaient réparties entre les deux espaces d’exposition. Les deux principales, celles des rives de la Penfeld, étaient présentées à l’Artothèque, et les huit autres, dans la salle d’exposition de la bibliothèque. Dans l’esprit de la résidence, nous proposions par ailleurs de souligner sur les façades des deux bâtiments voisins du Musée et de la Bibliothèque les deux salles d’exposition, mais cette intervention, bien qu’acceptée, n’a malheureusement pas pu être réalisée.
Principe de composition des cimaises
Exposition de l'Artothèque
Exposition de la Bibliothèque
L’exposition passée, nous avons essayé pendant deux ans de monter la principale intervention que nous proposions, celle des rives de la Penfeld. Nous avons ainsi, en parallèle d’une recherche de financements complémentaires, continué leur mise au point, cherchant les solutions techniques permettant leur réalisation en fonction des contraintes des deux sites. Le plus complexe était celui des Sept-Saints, la Marine nous demandant une solution permettant une mise en œuvre sans échafaudage et ne dégradant pas le mur lors du démontage. Une réponse technique nous satisfaisant plastiquement et répondant à ces contraintes avait néanmoins été trouvée et des essais réalisés avec le concours des Alpinistes Brestois, société pressentie pour le montage.

Cependant, malgré le soutien actif de la DRAC Bretagne et de la Marine, nous n’avons malheureusement jamais réussi à convaincre la Ville de Brest de l’intérêt de ce projet. Bien que très avancé et mis au point techniquement, ce projet n’a donc jamais été réalisé et n’est resté qu’à l’état de photomontages. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire